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dimanche, 21 mars 2010

Quel vocabulaire pour nos enfants ?

J'ai eu une discussion fort intéressante, la semaine passée, avec l'enseignant de ma fille qui exerce en première année de maternelle. Nous étions tous deux d'accord sur le fait que, dans la littérature jeunesse, il ne fallait pas à tout prix se cantonner à un vocabulaire simple et restreint pour nos enfants.

En tant qu'auteur et que maman, la question du vocabulaire avec lequel je communique avec les enfants s'est plusieurs fois posée à moi. Lorsque mes enfants étaient bébés, je leur ai toujours beaucoup parlé avec un vocabulaire normal pour leur expliquer ce que je faisais, ce qui se passait, ce que nous allions faire. J'avais le sentiment qu'ils étaient tout à fait à même de comprendre et que la communication, l'explication s'imposaient. Je n'ai jamais parlé dans un langage bébé. (ou rarement) Chez  nous pas de : "Oh !!! Le beau wawa dans la toto !" mais plutôt : "Regarde le chien dans la voiture". Même si mes enfants ont adoré les Télétubbies (au langage plutôt limité), ils ont aussi regardé des émissions pour enfants plus riche au niveau vocabulaire. Et puis, les enfants ont des oreilles : même si la conversation ne leur est pas destinée, ils écoutent, comprennent et enregistrent ce que les adultes disent. Il est d'ailleurs rigolo de voir comment ils s'approprient la façon de parler des adultes qui les entourent et le vocabulaire, pas forcèment enfantin, qui va avec. Mon fils, parlant comme sa nounou, s'exclamait souvent : "C'est pas Dieu possible !"

Lorsque j'écris, je prends les mots comme ils viennent et je ne cherche pas à faire simple sous prétexte que je m'adresse à des enfants. Toutefois, si je m'adresse à des bébés et à des tout-petits, j'adapte mon langage : phrases courtes (sujet, verbe, complément), au présent, thème et vocabulaire adapté. Pour les plus grands c'est différent. Si je fais attention à la syntaxe, au temps employé, je ne restreint pas mon vocabulaire. Il est déjà arrivé qu'un éditeur me demande de changer un ou deux mots au motif qu'ils ne convenaient pas à des enfants (au sens où les enfants ne les comprendraient pas ou n'avaient pas l'habitude de les rencontrer). A l'époque j'ai obtempéré, mais je me dis maintenant que j'aurais dû argumenter : les enfants sont tout à fait aptes à comprendre les mots les plus compliqués et les plus inhabituels lorsque le contexte leur donne du sens, lorsque l'adulte accompagnateur explique. L'enseignant de ma fille, qui pense exactement la même chose, m'expliquait qu'un mot comme "stratagème", dans le contexte de l'histoire est appréhendé sans souci par les enfants. Dans le cadre de l'activité jardinage à l'école, il me donnait des exemples de mots qu'ils apprend aux petits : le nom des outils utilisés (serfouette..), les mots exacts pour décrire les différentes parties des légumes (j'ai d'ailleurs appris de nouveaux mots au passage, comme quoi il n'est jamais trop tard pour apprendre, merci monsieur P. R.)

Je pense que ni les auteurs, ni les éditeurs ne doivent faire de censure quand au vocabulaire utilisé. Plus nos enfants entendent de mots, plus ils rencontrent de terminologies, de tournures de phrases, d'expressions, de la prose ou de la poésie, plus ils s'approprient ces mots, ces adjectifs, ces adverbes... ces tournures de phrases et sont à même de les restituer (en général de manière tout à fait appropriée !). J'adore quand mon fils me déclare que le repas est "succulent" ou que ma fille joue à la poupée avec un vocabulaire digne d'une vrai maman. Alors, ouvrons largement le vocabulaire à nos enfants !